UN HABITAT VIEUX COMME LE        MONDE

 Difficile de dater avec certitude l'apparition des premières constructions en bois,  mais on peut imaginer que celles-ci furent les plus anciennes formes              d'habitat dans les régions où l'on pouvait le récolter facilement.

  Certains font remonter l'apparition des premières cabanes de branchages à plus      de 300.000 ans.

 Plus récemment, il y a environ 6.000 ans tout de même, les premières habitations européennes furent bâties à partir de pieux de bois enfoncés dans le sol et supportant une charpente de toiture. Les espaces entre les pieux étaient garnis de clayonnages, c'est-à-dire d'un torchis fait de branches entrelacées et de baguettes, recouvert d'argile malaxé avec de la paille et de la bouse.

 

Moyen Âge

L’immense majorité du paysage bâti est alors constituée de chaumières construites en bois, terre et chaume selon la technique du "pan de bois" ou plus communément appelée "colombages". De nombreux ouvrages à travers le pays témoignent encore de ce mode de construction même si leur structure de bois ne se laisse voir qu’en leur pignon, car les murs gouttereaux en façade ont plus souvent été enduits pour répondre aux modes plus récentes. Cette technique de construction utilise des madriers de bois comme structure portante de l’édifice et de l’enduit formé d’un torchis mélangeant argile et paille. Cet enduit est appliqué sur une vannerie ligneuse, sorte d’armature de joncs tressés appelé "cléonage". Cependant, les bâtisses dites d’exception abritant les seigneurs et le clergé vont progressivement s’ériger en pierres. La motivation est essentiellement de se protéger contre les ennemis et bandes de pillards qui sévissent fréquemment à cette époque.

 

Renaissance

Jusqu’ici le bois d’œuvre est abondant et est même exporté par voie de flottage en Hollande pour participer à la fabrication de la 1ère flotte d’Europe.
Cependant, une surexploitation anarchique de ce patrimoine forestier entraînera progressivement une raréfaction du matériau bois. Ceci sera confirmé par de nombreuses ordonnances promulguées par les autorités publiques visant à rationaliser l’utilisation du bois dans les constructions.

En réponse à l’évolution que connaît le bois d’œuvre, l’homme dans son ingéniosité va adapter les techniques de colombage afin de pouvoir intégrer davantage de bois court et de différentes sections. Le but sera de rationaliser autant que possible l’utilisation de cette matière première en tirant parti au mieux, de l’ensemble du tronc et des branches. La technique va donc s’affirmer en resserrant les pièces de bois de l’ossature et en faisant ainsi des économies de bois long.

L’autre facteur important était le risque d’incendie qui poussera également les édiles communaux à promulguer différentes lois limitant, ou même interdisant, d’édifier des maisons en colombage. Aussi, à Namur, l’interdiction débutera de 1680 et s’assortira en 1708 d’une obligation de reconstruire en dur au moins dix maisons par an. Cependant, dans d’autres régions comme à Malmédy, la destruction par le feu de la ville en 1689 n’a aucunement remis en cause la pratique du colombage.

C’est plutôt à tort que l’on incrimine le pan de bois comme premier responsable des incendies en ce siècle de guerres. Il faudrait plutôt dénoncer l’utilisation de toitures en chaume qui, aidée par la concentration de l’habitat urbain, permettait la rapide propagation des incendies dévastateurs.

 

Temps Modernes

Le 18e siècle confirmera l’apparition d’une classe bourgeoise plus riche et désireuse d’afficher ses acquis sociaux en adoptant à son tour un modèle de construction en pierres et briques jusqu’ici réservé à l’aristocratie et au clergé. Et, si le colombage structure toujours le bâtiment, il sera recouvert d’un enduit minéral mis en œuvre de telle sorte qu’il donne l’apparence d’un mur de pierres de façade ainsi stuqué, et seul le pignon latéral dévoile encore son pan de bois. Le colombage devient l’architecture du pauvre.

D’anciens bâtiments sont même « modernisés » pour satisfaire au goût du jour. Le colombage apparent est alors recouvert d’enduits. Ce qui pose d’ailleurs problème aujourd’hui aux historiens de l’architecture et aux responsables de la commission du patrimoine. Lors d’une restauration de ce genre de bâtiment modifié, la question se pose de savoir si l’on doit redécouvrir l’ancien colombage ou si, au contraire, l’on doit conserver et restaurer l’enduit.

De très nombreuses maisons en Wallonie sont en pan de bois mais complètement méconnues, parfois même des habitants eux-mêmes, car complètement recouvertes d’enduits.

Au siècle suivant, la situation de notre patrimoine forestier ne s’améliore pas, et pour cause :
• les résineux introduits dans nos régions, à la fin 19e siècle, sont massivement utilisés en bois de mine ;
• l’industrie naissante ainsi que le chemin de fer mettent sérieusement en péril la réserve de bois d’œuvre.

Le manque de bois et le phénomène de mode lient de plus en plus la pierre et la brique à une certaine idée du modernisme ; le bois, lui, est relégué au rang de matériau archaïque. L’industrialisation en pleine expansion accélèrera encore le processus en permettant la fabrication  de nouveaux matériaux tels la brique usinée ou la fonte, aidée en cela par un réseau de transports amélioré.

Bien sûr, selon les régions, ces facteurs ont joué différemment. La Famenne, par exemple, gardera la tradition du " pan de bois " jusqu’à la fin du 19e avant de céder à la mode de la brique. Les deux raisons principales en sont : l’isolement de cette région par rapport aux voies navigables permettant l’acheminement de matériaux modernes et la pauvreté de son sous-sol en pierres à bâtir.

Par contre, en région Limoneuse comme dans le Tournaisis, une suite déjà ancienne de défrichements a entraîné une pénurie de bois. Ici, une généralisation précoce de la brique serait intervenue dès le 16e siècle.

 

Le grand retour du bois

Alors qu’en Amérique du nord, en Scandinavie et dans les pays germaniques, la construction en bois se poursuit et se perfectionne, la Belgique reste malheureusement à l’écart de ce mouvement. Le bois est déclassé, obsolète, stigmatisé comme un matériau du passé. Il faudra attendre la dernière décennie du siècle passé pour qu’il regagne peu à peu droit de cité.
C’est que la modernité si recherchée a laissé des traces béantes en raison de modes de production mortifères. On pense désormais recyclage, qualité de vie, respect de l’environnement, économies d’énergie… Bref, on en revient à plus d’authenticité. Le bois peut alors faire son come-back.

 

Etat de la construction bois aujourd’hui

Selon la grande enquête réalisée en 2013 par Hout Info Bois, organisme d’information technique sur le bois dans la construction, en  collaboration avec l’Office Economique Wallon du Bois et le Centre de Formation Bois, il apparaît que :

Si la construction bois demeure marginale par rapport à la construction en général, sa progression n’en est pas moins réelle. Ainsi, la part de marché des constructions bois est passée de 5,91% en 2011 à 8,08% en 2012, soit une augmentation de  2,16%.

• En ce qui concerne le nombre de maisons en bois réalisées en 2012 par rapport à 2011, une augmentation de 26,10% est observée, soit 464 maisons en bois de plus qu’en 2011 ! Cette augmentation correspond, en termes de parts de marché par rapport au total des constructions, entre 2012 et 2011, à 2,16%.

La part de marché des rénovations et extensions en bois est passée de 2,24% en 2011 à 2,59% en 2012, soit une augmentation de 0,35%.

• Le nombre de rénovations et extensions réalisées en bois en 2012 par rapport à 2011 est en augmentation de 15,33%.  Cela représente 221 rénovations-extensions.  En termes de part de marché par rapport au total des rénovations-extensions entre 2012 et 2011, on constate une augmentation de 0,35% des réalisations en bois.

• 8%, c’est certes moins que les 95% relevés en Amérique du Nord et en Scandinavie, mais il faut savoir que la part de marché de la construction bois dans un pays comme la France, qui est tout de même l’un des plus grands et des plus boisés d’Europe, n’atteint même pas 5% !
Ensuite, il convient de se rappeler qu’il y a moins de dix ans, on ne construisait pas du tout en bois chez nous, hormis quelques chalets pour des résidences de vacance au fin fond des Ardennes.

Aujourd’hui, on parle de 2000 constructions bois sur base annuelle ; des habitations unifamiliales essentiellement, mais aussi de plus en plus de bâtiments multi-étages, publics et privés, et ce, tant en milieu rural que dans des zones densément urbaines où, il y a encore cinq ans, il n’était même pas imaginable de construire en bois. On peut donc véritablement parler d’essor de la construction bois.