La construction bois, forte d’avantages de plus en plus reconnus, affiche une belle santé. Mais elle pourrait être freinée par un handicap présumé par rapport à la construction traditionnelle : l’isolation acoustique. Pourtant, les faiblesses acoustiques qu’entraîne la légèreté du bois ne sont pas rédhibitoires ; elles admettent de multiples solutions techniques qui ont fait leurs preuves.

Pour résumer, l’isolation acoustique d’un bâtiment, en bois ou non, a pour but de limiter la propagation de trois types de bruits :

• les bruits aériens extérieurs (usine, chantier… et surtout trafic routier) ;

• les bruits aériens intérieurs (conversations, musique, TV…) ;

• les bruits de choc (pas, chutes d’objet, déplacements de chaises…).

Les bruits aériens extérieurs doivent être freinés par l’enveloppe extérieure.
Les bruits aériens intérieurs doivent être freinés par les cloisons intérieures ou mitoyennes s’il s’agit d’un habitat groupé, et par les planchers entre étages.
Les bruits de choc doivent être freinés par les planchers.

 

L’enveloppe extérieure

La faiblesse acoustique de l’enveloppe extérieure est principalement le fait des ouvertures (portes et fenêtres) ; les parties vitrées sont en général acoustiquement moins efficaces que les parois. L'indice d’isolement global est donc déterminé par la performance des menuiseries. Il s’agira en outre de soigner l'étanchéité à l'air du châssis (entre ouvrant et dormant), et surtout les liens entre le châssis et l'ossature en bois, qui sont potentiellement des « ponts phoniques » par lesquels les sons ont une furieuse propension à se faufiler. C’est un axiome de la profession : là où l’air passe, le bruit passe. Que ce soit sous les portes, par l’absence de joints aux fenêtres ou par la paroi si elle n’est pas étanche… Un bon isolement acoustique suppose donc une excellente étanchéité à l’air, sachant qu’une fente de 30 cm de long sur 1 mm de large représente pas loin de 10 dB d’isolation acoustique perdue !

Le matériau constitutif de la façade entre également en ligne de compte pour une bonne isolation acoustique.  Avec un parement de briques, un bâtiment en bois se comporte presque comme un bâtiment traditionnel en maçonnerie avec assez de masse pour garantir une acoustique satisfaisante. En revanche, avec un bardage en bois – comme c’est souvent le cas – l’enveloppe extérieure manque de masse et s’avère dès lors acoustiquement moins efficace. La loi de la masse est un principe fondamental de l’acoustique appliquée aux bâtiments. En l’occurrence, le principe est simple : plus c’est lourd, mieux ça isole. À cet égard, le bois, dont la masse volumique est environ quatre fois moindre que celle du béton (600 kg/m³ pour du pin contre 2.300 kg/m³) et pas loin de 3,5 fois moins élevée que celle de la brique pleine (2.000 kg/m³), part avec un handicap certain.
Pour pallier cette faiblesse, il faut donc recréer de la masse, soit en appliquant le principe de la loi de masse : plus la masse de la paroi est lourde, plus elle est isolante, soit en recourant au principe de la loi masse-ressort-masse (MRM) : deux parois (masses) sont séparées par un ressort (lame d’air remplie par un isolant souple) qui absorbe et disperse l’énergie sonore. Les filières sèches (qui ne contiennent pas d’eau, comme le bois) s’appuient en général sur l’effet masse-ressort-masse. De l’importance de ces masses et de l’efficacité de ce ressort dépendent les performances acoustiques de la paroi.

La toiture est un autre élément à prendre en considération dans le cadre d’une isolation acoustique de l’enveloppe extérieure. On peut améliorer les performances acoustiques au niveau de la toiture en désolidarisant la couche de finition intérieure de la charpente. Ça représente un léger surcoût (2 à 3 %) par rapport à une construction à ossature bois classique puisqu’on se retrouve, de fait, avec une ossature supplémentaire.

 

Les cloisons intérieures et les planchers

Pour se prémunir contre les bruits aériens, il faut isoler les cloisons intérieures (qui manquent cruellement de masse) selon le principe MRM.

Dans une construction en bois comportant des cloisons intérieures "classiques", un indice d’isolement proche de 40 dB peut être atteint sans mise en œuvre particulière (une cloison composée de blocs de plâtre de 10 cm présente un indice d’isolement aux bruits aériens de 38 dB). Aller au-delà de cette valeur avec une cloison à ossature exigera plus d’efforts. L’isolement requis entre deux appartements ou entre deux habitations mitoyennes est de l’ordre de 54 dB. Une paroi séparative entre deux habitations en bois réclamera donc une conception particulière.

D'autres paramètres influencent l'isolement global d'une cloison intérieure, comme les transmissions latérales par les murs adjacents, la présence de portes ou l'existence de fuites.  Or, dans le domaine de l'acoustique, c'est l'élément le plus faible qui détermine l'isolation de l'ensemble. Il est donc important, dans une démarche d'isolation acoustique, de traiter les éléments les plus faibles (souvent, les portes) avant de traiter les cloisons.

Pour les planchers, le fait d'utiliser un contre-lattage sous les gîtes et d'y fixer le faux plafond permet de s'approcher d'un système acoustique "masse-ressort-masse". Si on remplit le vide avec un matériau absorbant (laine minérale, cellulose…) et que l'on prévoit, pour la face supérieure du plancher, un panneau OSB et une chape flottante, l'isolement aux bruits aériens de l'élément peut atteindre une valeur de 50 dB.

Au cas où les gîtes restent apparents, l'isolation aux bruits aériens sera limitée (40 dB), puisqu'on ne peut atténuer le bruit qu'à la partie supérieure du plancher. Dans ce cas, la présence d'une chape flottante est indispensable.

 

Les planchers

L’isolation aux bruits de chocs constitue assurément le problème le plus complexe à résoudre. Il dépend de la composition du plancher et de son revêtement.

En ce qui concerne la composition, la seule façon de lutter efficacement contre la transmission des bruits de choc est de réaliser une chape flottante au-dessus du plancher de base. Mais l’expérience a montré que souvent, une erreur dans la mise en œuvre rendait la chape peu efficace. En outre, le choix de l’isolant acoustique ou thermoacoustique qui permet de désolidariser la chape du plancher est délicat car l’isolant doit être mécaniquement suffisamment résistant pour supporter la charge d’exploitation et le poids des matériaux posés au dessus de lui tout en restant suffisamment souple pour offrir les performances acoustiques désirées.

En ce qui concerne le revêtement, il n’est peut-être pas utile de dire, tant c’est évident, qu’une moquette ou un tapis amortiront beaucoup plus efficacement les bruits de choc qu’un parquet et surtout qu’un carrelage qui, du fait de sa rigidité, transmettra le bruit à toute la surface.

Ces préventions ne doivent toutefois pas empêcher les maîtres d’ouvrage de jeter leur dévolu sur une construction à ossature bois. De fait, une bonne acoustique dans la construction bois est tout à fait possible et il existe de nombreuses solutions pour les divers problèmes susceptibles d’être rencontrés. Mais dans tous les cas, plus que les matériaux choisis, c’est le savoir-faire de l’architecte (ou de l’acousticien) et le soin apporté à la mise en œuvre qui détermineront le niveau de confort acoustique.